Ju-Ra-Lo-Ve

Blog éclectique, tendance écolo-anarcho-socio-cocooneuse, courant républicain-mondialiste. Euh ... oui, tout ça ! Parfois, j'ai du mal à être en accord avec moi-même ... ça vous étonne ?

12 octobre 2005

Je suis blanche et je ne suis pas raciste (enfin, sauf pour Kelman, peut-être)

Voici ma réaction à chaud après la lecture de Je suis noir et je n'aime pas le manioc, de Gaston Kelman.

Essayons de voir pourquoi ce livre m'a causé un malaise étrange.

J'en avais entendu parler comme d'un livre mettant à mal les préjugés. C'est effectivement son propos.

En fait, son auteur, Gaston Kelman, règle ses comptes avec notre société, blancs et noirs confondus. Pourquoi pas ? « La connerie s'étend au delà des frontières, c'est sûrement pour cela que les hommes sont frères », chantait Lavilliers dans les années 70.

Mais il part de présupposés étranges, et je me suis sentie clairement agressée en tant que blanche par ce livre. Les noirs se sentiront peut-être également agressés. Mais déjà, je reprends cette distinction entre noirs et blancs, qui est celle de Kelman, et non la mienne.

Les présupposés : notre société est multiraciale, c'est-à-dire composée de plusieurs races différentes. Il y a des blancs, des noirs, accessoirement des maghrébins et des asiatiques (il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire, si on allait dans son sens, sur la diversité des asiatiques...). Et elle refuse de se voir comme multiraciale. C'est accepter déjà l'existence de « races » humaines, fondées sur la couleur de peau. C'est nier, dans les faits, et quoi qu'on en dise, le métissage qui grandit en son sein. En 8 années d'enseignement dans les quartiers, j'ai vu des métissages de toutes sortes. Bien sûr, il y a des « blancs » et des « noirs », des « maghrébins » et des « asiatiques ». Mais il y a aussi tous ceux qui sont entre deux, ou issus de multiples générations de métissage. Cela donne des couleurs de peau diverses, certes. Mais cela ne suffit pas à définir un individu. Il y a des métissages différents qui sont au moins aussi signifiants : métissages entre religions, entre classes sociales (oui, cette vieille lune à laquelle je crois encore), entre familles de valeurs différentes.

Le pire, c'est que je pense que Kelman et moi sommes d'accord sur ce point fondamental : on peut être bourguignon et noir. Simplement, je pense qu'on ne choisit pas d'être bourguignon. On devient bourguignon, comme on devient parisien, ou breton, ou burkinabé. C'est un fait de culture bien plus que de nature. En naissant dans un milieu, on en acquiert les habitudes, la culture. Là encore, nous sommes d'accord sur le principe. Simplement, je ne pense pas pouvoir devenir burkinabé, ni même bourguignonne, ni même bretonne à 32 ans. Même si, par bonheur, j'allais vivre en Bretagne, je ne serais jamais qu'une francilienne déracinée, bretonne d'adoption seulement. Mes enfants, encore jeunes, deviendraient bretons, avec un père d'origine lorraine (donc, comme tout bon lorrain, un peu italien), et une mère francilienne d'origine beauceronno-lorraine. Comme ses enfants sont, effectivement, franciliens. Avec toutefois un père originaire d'Afrique. Tout cela construit une identité riche qui est unique à chaque individu (que de redondances), qui interdit toute généralisation. La généralisation est du côté du racisme.

Alors, Kelman justifiera cela en s'appuyant sur la discrimination dont les noirs* sont victimes, et parfois acteurs. Il n'aura pas tort. On peut observer qu'il existe bel et bien des ghettos dans ce pays.  Il existe bien des « Blacks » qu'on a bien du mal à accepter, car leur comportement est souvent inacceptable. Et on ne peut que souhaiter une prise de conscience de ces discriminations, de manière à y mettre fin. Quand je dis qu'il faut casser les ghettos, qu'il faut que l'école ait les mêmes exigences envers ses élèves, dans quelque quartier qu'elle se trouve, je ne dis rien d'autre. Je ne suis pas loin de penser que les quotas à l'américaine auraient au moins le mérite de permettre à des personnes issues de « minorités visibles » de faire leurs preuves, occasion qu'on leur donne rarement aujourd'hui. J'ai vu une « grande soeur » hyper diplômée verser du côté obscur de la force, dans l'islamisme forcené, après avoir été confrontée au chômage, au mépris, à sa trop grande visibilité qui la rendait invisible. Et on aurait voulu que son petit frère croie aux études ? Le petit frère est devenu un « black ».

Mais lutter contre le racisme en satanisant le Blanc comme le Noir, je n'y crois pas. Je ne pense pas que la diabolisation ait quelque chance d'aboutir, en quelque domaine que ce soit. Tous les blancs seraient racistes ? Le blanc non-raciste ou anti-raciste autant que les autres, d'ailleurs, dont le racisme serait caché sous une bonté d'âme issue de la pensée colonialiste ... Mon dieu, mais quel blanc peut entendre cela sans se sentir, lui aussi, victime de racisme ? C'est refuser au blanc ce que l'auteur réclame pour lui-même : la liberté d'être un individu, de ne pas être déterminé par la couleur de sa peau. Est-ce ainsi qu'on aidera les uns et les autres à travailler main dans la main pour avancer vraiment ?

* A ce sujet, peut-on dire que les « noirs » forment, comme il le dit, un ensemble homogène aux yeux des « blancs » ? Outre les métissages dont on a déjà parlé, les « blancs » ont-ils la même vision des domiens (antillais, guadeloupéens, réunionnais, guyanais), des africains musulmans à nom et prénom bien exotique, et des africains chrétiens, aux noms et surtout aux prénoms moins exotiques, comme Gaston Kelman ? De la maman africaine qui (comme moi ;-) ) porte son enfant dans son dos, et de celle qui se promène en tailleur, avec son gosse en poussette (comme ma voisine ;-) ) ? De celui qui est éboueur et de celui qui est ingénieur ?

Bon, un jour je vous dirai du bien d'un autre livre ... D'ailleurs, j'ai fini Mal de Terre, de Hubert Reeves et Frédéric Lenoir.

Posté par juliemarmotte à 17:29 - Lectures - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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