30 mars 2005
101 choses sur moi, en vrac
** message posté sur mes deux blogs **
Je ne sais jamais par quoi commencer.
J'ai un peu peur de l'image que je vais donner de moi.
Dans ma vie, le plus important, ce n'est ni mon travail, ni la politique, ni ma « vie de femme », ce sont mes enfants.
J'aime les contradictions.
Je n'aime ni les simplifications abusives, ni les généralités.
Mais c'est bon d'en faire, parfois. Ça repose.
Je suis fille unique, et c'est fondamental.
J'ai demandé un grand frère à mes parents.
Je m'en veux de leur en vouloir d'avoir voulu que je sois parfaite. D'ailleurs, il est possible qu'ils ne l'aient pas voulu et que j'aie cru qu'ils le voulaient.
J'ai eu douze fois les félicitations au collège. Quatre fois trois trimestres. Et j'ai pourtant été persuadée, chaque fois que je ne les aurais pas.
Ma mère a refusé que je saute le CE1, ou le CE2. Je ne sais plus. Ah ! Si j'avais sauté le CE2 !
Le jour des résultats du bac, j'étais persuadée que je ne l'aurais pas.
Le jour des résultats du CAPES, j'étais persuadée que je ne l'aurais pas.
Mes copains ont cru, en majorité, que c'était une coquetterie de ma part. Mais j'étais sincèrement persuadée qu'ils le méritaient plus que moi.
C'est inquiétant de voir que quelqu'un qui a été si marqué par son parcours scolaire ait pu devenir prof malgré tout.
Je déteste les premiers de la classe. Souvent, les « premiers de la classe » ne sont pas vraiment premiers d'ailleurs. Ils VEULENT être premiers. Et sont insupportables de mesquinerie.
Je n'ai jamais eu l'esprit de compétition. Passer un concours m'a rendue physiquement malade. Je l'ai eu tout de même.
Il faut que j'arrête de penser à l'école.
Je me souviens quand Brassens est mort. La maison était triste. Je ne comprenais pas pourquoi.
Depuis, j'ai compris.
Je me souviens quand Jean-Paul Ier est mort. Les voisins étaient tristes.
Je me souviens quand Claude François est mort. Les voisins (les mêmes) étaient atterrés. J'avais cinq ans et je ne savais pas qui était Claude François.
Il faut que j'arrête de parler de morts.
J'ai voté trois fois pour élire Victor Hugo plus grand français de tous les temps. Mais sur le site internet. Je n'allais pas payer pour ça !
Mes deux autres préférés : Marie Curie et Molière.
Je pense que De Gaulle sera élu. Mais De Gaulle aurait dû arrêter sa « carrière » en 1946.
Si je devais quitter la France, j'irais vivre au Québec. J'aime vraiment beaucoup les Québécois, et les paysages du Québec l'été.
J'aimerais connaître le Québec l'hiver.
Je n'aime pas les Etats-Uniens.
Sauf mon cousin Ricky, ma tante Monique, son mari Alan (de son vrai prénom Sherwood !), ma cousine Natacha.
Sauf Michael Moore.
J'aime de moins en moins Woody Allen.
Je n'aime pas le cinéma. J'aime quelques films.
J'ai cru que j'aimais le cinéma. Pour faire comme tout le monde ?
Si je devais emmener un livre sur un île déserte, ce serait Belle du Seigneur. Style flamboyant, oeuvre lucide.
Ou bien, j'emmènerais Vendredi ou la Vie sauvage. Ou Robinson Crusoë. Ou le manuel de survie de l'armée américaine.
A ma grande honte, je n'ai pas lu Vendredi ou les limbes du Pacifique. Je me suis contentée de l'édition jeunesse.
A neuf ans, j'ai lu Au nom de tous les miens. Ca m'a durablement marquée.
J'ai vu neuf fois Gandhi.
Je ne peux pas voir E.T. sans pleurer.
Quand j'étais gosse, je n'aimais pas les émissions pour la jeunesse. Sauf Les mystérieuses cités d'or et Il était une fois l'homme.
Je viens de passer trois jours avec la même chanson dans la tête. C'est « ma philosophie », d'Amel Bent. Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas.
En pleine période de rébellion adolescente, alors que je n'écoutais que Bob Dylan, il m'est arrivé bien pire encore: une journée à chantonner « Ma poupée psychédélique » de Thierry Hazard. Impossible de m'en défaire.
Je me pique de m'affranchir de tous les maîtres à penser.
Je prends les faits, je les examine, je me fais mon idée.
En tous cas, j'essaie.
Je ne suis pas sûre que cela soit humainement réalisable, à trente-et-un ans. Trop vieille ou trop jeune.
J'ai du mal à me débarasser de mes vieux réflexes : ne pas envisager une option parce qu'elle est défendue par des gens de droite, par exemple.
Pour moi, la droite commence avec Hollande, et les socialistes qui ont voté pour lui au dernier congrès.
Je n'aime rien tant que rester chez moi, au chaud, avec ma petite famille.
J'aimerais vivre dans une vieille ferme restaurée au fin fond d'une campagne. J'aurais un mouton de compagnie.
Contrairement à Hervé, je ne parviens pas à être athée.
L'infiniment grand et l'infiniment petit me foutent la trouille.
Si on m'explique que l'univers est en expansion, je suis prise de vertiges. C'est physique.
L'obscurantisme a du bon : il est rassurant.
Je ne sais jamais si on écrit « En tous cas » ou « en tout cas ».
Le mot que je préfère dans la langue française est « onomatopée ».
Héloïse a dit son premier mot à neuf mois. C'était « au revoir ». Enfin, « ava », accompagné d'un signe expressif de la main.
Héloïse n'a jamais su se taire depuis.
Je suis très fière de ma fille, quand on me dit qu'elle est en avance sur son âge. C'est stupide : ce n'est certainement pas une garantie de bonheur.
Je voudrais arrêter de travailler pour élever mes enfants.
J'y pense même très sérieusement.
Je n'ai pas mangé d'oeuf depuis plus d'un an. Ni oeuf, ni trace d'oeuf.
Raphaël aura neuf mois cette semaine, il est toujours allaité.
Plus personne n'ose me faire de remarques.
Raphaël n'a plus porté de couches jetables depuis que son cordon est tombé.
Si, deux fois, ou trois ...
Je sais par expérience qu'on peut élever un bébé sans acheter de couches jetables, sans lingettes jetables, sans lait artificiel.
Comme je suis fainéante (??????), j'achète mon liniment tout fait, et des petits pots bio.
Nous nous sommes libérés de la poussette. Vive l'écharpe !
Je rêve d'une Toyota Prius. C'est mon côté écolo-chic.
Je me demande parfois comment on peut vivre sans avoir lu Les Lettres persanes.
Le tricot me déstresse, mais me prend aussi trop de temps.
Le crochet a le même effet.
La couture, par contre, me stresse. Enfin, la machine à coudre et la surjeteuse me stressent.
Je viens de me mettre à la broderie. Pourquoi les « arts du fil » exercent-ils cette attraction sur moi ?
Je n'ai jamais su m'habiller. Enfin, « avec goût », s'entend ...
Je préfère être confortablement vêtue, plutôt que d'être à la mode.
Je suis en jean's depuis que j'ai voix au chapitre. Cela doit faire vingt-cinq ans.
J'adore les gros pulls d'hiver et les grosses chaussettes.
J'aime l'hiver, parce que j'aime les vêtements chauds et douillets.
L'hiver prochain, je pourrai boire, de nouveau, du vin chaud. (cf.64)
Mon idée du bonheur : un feu dans la cheminée, du vin chaud pour moi et mon chéri, un chocolat à la cannelle pour mes zigotos ... dans une ferme restaurée, isolée, en pleine campagne. (cf. 51)
Mon autre idée du bonheur : les hommes sont frères, on a supprimé les patrons (pas physiquement, je ne suis pas comme ça), on vit dans une société auto-gérée. Le Nord partage équitablement ses richesses avec le Sud. Et je vis dans une vieille ferme restaurée à la campagne. J'ai même un mouton (cf. 51).
Comme les patients atteints d'Alzheimer, j'ai tendance à oublier ce que j'ai fait dans la journée, mais je me rappelle plein de détails inutiles, concernant des sujets très divers et souvent inintéressants. Je sais par exemple que le fils de Jenifer-de-la-Star'Ac se prénomme Aaron. Je sais que les soeurs Tatin, qui ont inventé la tarte éponyme, tenaient un restaurant à Lamotte-Beuvron. Mais qu'ai-je bien pu manger hier ?
Ma maman apparaît dans Les Vacances de M. Hulot. Dans un groupe d'enfants en colonie de vacances. Je n'ai jamais pu l'identifier.
J'aimerais que les journées durent 30 heures. Ou plus.
Le temps et l'espace sont des richesses inestimables, quand on vit en région parisienne. A cette aune, je suis pauvre.
Je déteste un de mes collègues. C'est physique : je le trouve répugnant.
En général, je n'apprécie pas particulièrement mes collègues, à quelques exceptions près. Les Lettres et l'Histoire-Géo sauvent le lot ...
En particulier, je n'aime pas qu'ils me demandent de rester en salle des profs jusqu'à la deuxième sonnerie, pour grapiller du temps sans les élèves. Cinquante-cinq minutes, c'est déjà trop court.
Il y avait un embryon de réseau informatique l'an dernier au collège, il n'y en a plus du tout cette année. Ça aussi, ça me met en rogne !
J'aime bien mes « petits sixièmes ».
Les filles de cinquième me désespèrent. En 2005, une fille de cinquième ressemble à une fille de seconde de 1985. Ma fille pensera-t-elle exclusivement aux garçons et aux fringues quand elle aura 9 ans ? A la vitesse où les choses évoluent, on peut le craindre. Encore cinq ans de (relative) tranquillité ?
Je déteste les chats et les chiens. Euh non ... Je déteste les chats et les chiens à mémère. Euh non ... Je déteste les mémères munies de chiens (de petite taille) ou de chats.
Non, on ne peut pas dire que je les déteste. Mais je ne comprends pas qu'on puisse trouver qu'un chien ait plus de valeur et d'intérêt qu'un être humain.
Je m'en veux terriblement, quand je montre de la méchanceté.
Je crois, malgré le discours ambiant, que la gentillesse est une immense qualité.
Je suis très naïve, aussi. Je suis prête à croire à l'impossible, et davantage encore à l'improbable. Mais la vie n'est-elle pas une succession de surprises, et d'improbabilités réalisées ?
Bientôt la fin ... J'ai oublié quelque chose de très très important : mon chéri est merveilleux, adorable, d'une patience d'ange, et le meilleur des pères qui soit.
J'ai écrit ces 101 propositions au fil du clavier, et aussi honnêtement que possible. En espérant que vous excuserez mes coqs-à-l'âne !
21 mars 2005
Pour réfléchir sur l'enseignement du français
Je vous livre ici le texte, transcrit à la virgule et à la majuscule près, d'un de mes élèves de sixième. Il s'agit du résumé d'un des Contes du chat perché, de M. Aymé, recueil qu'ils avaient à lire seuls.
« Delphine et marinette
venait de ressevoir une boîte de peintures chaqune parts leur
oncle Alfred. Leur parent [ill.] travailler leur dit : vous n'avez
pas le droit de peintre. Les vie* impatiente de peintre ne put se
retenir. Les parents partient au champs, Les filles ouvrient leurs
boîtes de peintures. Ils se mit à dessiner des annimaux,
Mais à leur image, cette à dire que l'âne de
profil n'avait que 2 pattes : Cela se réalisa, [ill.] pas se
transforma en leur dessin. Les parents avant vu les annimaux eux peur
et allat chercher un vétérinaire. Les/Ses (?) fille
prise de panique se mit à pleurer après l'un des
animaux à eu une idée. Les/Ses (?) filles repeint
[ill.] dimension exacte les animaux et les veaux était
dessiner sur du papier gris.
Au moment où le vétérinaire
était la les animaux avais repris leur aspect normale,
J'ai aimer pase que j'aimerai bien
avoir une boîtes de peintures qui rents les dessins reels.
Leçons : Ils fot écouter
ses parents même si ont n'est pas d'acord avec eux. »
* lire « Les filles »
[ill.] : passage illisible
Notes :
Cet élève n'est pas « illettré » : il a eu 13,5/20 à l'ensemble du contrôle, et 8,5/10 à la première partie, qui demandait d'avoir lu, compris et mémorisé, seul, plus de 350 pages (écrites dans un registre qui n'est pas celui des cités, avec un univers référenciel très éloigné du sien).
C'est un élève actif en classe, intéressé par le français.Le résumé est certes lacunaire, mais juste, et digne d'un assez bon élève de sixième, si on s'en tient aux faits et à leur enchaînement. L'avis donné à la fin est superficiel, mais pas hors sujet.
L'élève n'a pas de passé de dyslexie avérée. Mais son écriture est extrêmement brouillonne, très mal assurée. Il a toujours la volonté de bien faire, et vient souvent demander conseil.
De quoi susciter la réflexion ... Je dois avouer que ce genre de copies me désespère. Il ne reflète, finalement, que notre propre échec à apprendre à écrire à des élèves qui en ont les moyens et l'envie. On dit que le collège est le maillon faible de notre système scolaire. Ne serait-ce pas le primaire, plutôt ?
18 mars 2005
Bilan de mes réflexions actuelles
Il est temps de faire un petit bilan de l'état actuel de mes réflexions politiques. Exercice difficile, mais nécessaire.
D'abord, quel est le principe de base, celui qu'il ne faut pas perdre de vue ?
Ensuite, quels sont les principaux problèmes à régler ?
- la sauvegarde de notre planète, dans la mesure où nous n'avons aucune autre planète à investir dans l'immédiat. Ce qui implique qu'il faut défendre notre environnement contre les agressions dont il est plus que jamais victime, quotidiennement. Protéger les écosystèmes, mettre fin au réchauffement de la planète, protéger la qualité de l'eau.
- le problème de l'énergie : les énergies fossiles sont en voie d'épuisement (dans un sens, tant mieux, elles sont très polluantes et participent à l'essentiel du réchauffement de la planète), l'énergie nucléaire pose de graves problèmes de sécurité sanitaire à court, moyen et long terme. Les énergies renouvelables sont-elles assez efficaces pour nous permettre de subvenir à nos besoins ? En tout état de cause, il faut les développer autant que possible, et il reste de la marge !
- le problème des inégalités nord-sud : nous sommes tous frères (et soeurs), et il est insupportable de laisser ses frères et ses soeurs crever de pauvreté, quand nous crevons de notre richesse. Un rééquilibrage s'impose. Peut-on parler de sacrifices ? J'en doute. En tant que détenteurs des pouvoirs (car des richesses), nous devons agir de manière énergique pour une meilleure éducation, l'amélioration des conditions de santé, le développement économique durable des pays du sud. Tout le monde ne pourra que mieux s'en porter.
- le problème des inégalités à l'intérieur même de nos sociétés, alors qu'elles ne cessent de grandir. Les mots-clés ? instruction (oui, c'est obsessionnel !), meilleure redistribution des profits (moins pour les actionnaires, plus pour les travailleurs), respect des individus, solidarité.
Il ne s'agit pas d'angélisme, mais d'une question de survie, purement et simplement.
Question suivante : comment agir ? à quel niveau ?
- Chanter l'Internationale matin, midi et soir. Ça fait du bien, mais ça ne mène pas loin. Alors, comment mener l'action au niveau planétaire ? Les forums de type Porto-Alegre ? Les coalitions internationales de syndicats ? Les grandes ONG internationales comme Greenpeace (pour l'environnement) peuvent-elles avoir un impact réel sur les politiques menées ? Faut-il compter sur les représentants des Etats (hum ... j'ai un doute, vu leur recrutement)
- L'Europe ? Le chemin libéral qu'elle a pris depuis longtemps, et que ne fait que confirmer le traité sur lequel nous devons nous prononcer, comme les institutions qu'il met en place, la disqualifient. Dommage, car elle aurait pu être un contrepoids d'une redoutable efficacité face au mastodonte étasunien.
- Le niveau national ? Disqualifié par les institutions européennes qu'on nous propose, si elles sont finalement adoptées. Disqualifié aussi, même si nous pouvions élire des représentants un peu responsables, tant que nous serions les seuls.
Difficile d'avoir des idées, et de ne pas savoir comment les faire valoir efficacement.
Actuellement, mon action se résume à :
- soutenir Attac
- parrainer Sujon (ça paraît couillon, mais si nous le faisions tous, on pourrait faire beaucoup)
- consommer mieux (puisque nous sommes d'abord considérés quand nous consommons, autant faire passer nos messages par la consommation ...) : éco-bien, équitable
- écrire sur mon blog en espérant être lue
- essayer d'instruire mes élèves et de leur apprendre à réfléchir librement. Ce sont eux les citoyens de demain ...
Gros désespoir en comparant l'ampleur de la tâche à la faiblesse de mes moyens. "Grand moment de solitude".
